Nos confrères de La Coulisse révélaient lundi qu'un recours a été déposé pour faire annuler les élections municipales d'Allinges. On sait désormais pourquoi.
Le maire fraichement réélu parlait de « tentative de putsch » à nos confrères du Messager. Mais c’est surtout une question inédite dans l’histoire électorale de la Haute-Savoie qui est soulevée.
Claudine Faudot, l’ex-adjointe, devenue principale opposante au maire en place, a été battue de 13 petites voix à la mairie d’Allinges. De quoi la rendre chafouin et la convaincre de déposer un recours auprès du Tribunal Administratif de Grenoble pour demander l’annulation des élections, invoquant ce qu’elle décrit comme « une série d’irrégularités chromatiques d’une gravité exceptionnelle ». Ses avocats ont transmis un dossier de 74 pages, dont 68 sont consacrées à des nuanciers Pantone.
Une affaire de teintes
Tout commence le soir du dépouillement, lorsque Claudine Faudot remarque que les bulletins de vote présentent une légère teinte ivoire. « Ce n’était pas du blanc, confirme-t-elle à notre correspondant. C’était du blanc cassé, voire du blanc sali. Or la loi électorale est formelle : le bulletin doit être d’une blancheur irréprochable. Ici, on est en France ». Elle précise avoir immédiatement alerté le président du bureau de vote, lequel lui a répondu que « le blanc, c’est le blanc », avant de lui demander de s’asseoir.
La requérante ne s’arrête pas là. Elle pointe également la couleur des enveloppes, décrites dans le recours comme « d’un gris inquiétant, tendance ardoise, aux antipodes de la neutralité républicaine et de notre culture qu’on est en droit d’exiger ». Joint par téléphone, son avocat, Maître Gérard Menjoui, paraphrase sa cliente en précisant que « la question n’est pas anodine : on ne peut pas glisser un bulletin clair dans une enveloppe foncée sans que cela soulève des interrogations sur la clarté du résultat, il en va de la sauvegarde de nos générations futures ». Il a cependant refusé de préciser quelles interrogations, exactement.
« Une cohérence des tons s’impose »
Dans une tribune publiée sur son blog personnel, Allinges Debout et Propre, l’ex-adjointe à l’environnement, longtemps connue pour son implication dans le lobby autoroutier et le nettoyage de la commune, développe sa théorie : « Une enveloppe et son contenu doivent former un ensemble harmonieux. C’est une question de cohérence, d’identité, de territoire. » Elle cite en exemple les communes suisses voisines, où « tout est blanc, propre, coordonné, sans minaret », ajoutant que si la Suisse « n’a pas de problème de bulletins douteux, ce n’est pas un hasard ».
Le recours évoque également la présence de deux assesseurs dont le patronyme « ne sonnait pas très allingeois », détail que le tribunal a pour l’heure classé dans la catégorie « moyen irrecevable ».
Interrogé sur ce point, le maire sortant réélu, François Deville, s’est contenté de hausser les épaules en regardant ses chaussures. « On a compté les voix, pas les nuances de blanc. »
Une expertise commandée
Pour étayer sa demande, la candidate a mandaté un expert indépendant en « qualité chromatique du matériel électoral ». Cet expert, Maude Erateur, dont le cabinet est basé à Saint-Cergues et dont c’est la première mission judiciaire, a conclu dans un rapport de trois pages que « les bulletins présentaient effectivement une tonalité légèrement crème, compatible avec un stockage prolongé dans une réserve préfectorale insuffisamment climatisée ». Il précise, dans une note de bas de page, que cela n’a aucune incidence sur la validité du vote.
Claudine Faudot a déclaré ne pas avoir lu cette note de bas de page mais qu’elle aimait le bleu marine et qu’elle comptait bannir tous les camaïeux bruns du territoire si elle était élue.
L’audience est fixée au mois de mai 2031. Le président du tribunal administratif a d’ores et déjà demandé à son greffier de prévoir du café bien noir, de la patience, et « éventuellement un nuancier ».
Théo Dora & Serge Groleowl


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