312 km/h sur l’A40 : Eiffage assure que son ingénieur testait simplement le gain de temps de l’A412

Le conducteur flashé à 312 km/h dans la nuit du 26 au 27 septembre dans la vallée de l'Arve n'était pas un chauffard, mais un consultant mandaté par Amedea, filiale d'Eiffage et concessionnaire de la future autoroute du Chablais. Sa mission : démontrer que l'A412 fera réellement gagner du temps entre Machilly et Thonon. Une démonstration jugée « très concluante » par le groupe.

Une simulation grandeur nature

Otto Route, 48 ans, ingénieur suisse spécialisé en « chrono-mobilité appliquée », poursuivait samedi soir une série de tests engagée par Eiffage depuis le lancement officiel du chantier. « L’A412 n’existant pas encore, nous avons choisi une portion d’A40 au profil comparable pour réaliser nos simulations », explique Guy Chet, directeur de la communication d’Amedea, ironiquement chargé du péage en flux libre.

Le problème, selon le concessionnaire, est mathématique. Longue de 16,5 kilomètres et limitée à 110 km/h, l’A412 se parcourra en 9 minutes. « Rapporté à un investissement de 340 millions d’euros, le gain de temps restait difficile à percevoir à l’œil nu, voire au chronomètre », reconnaît Guy Chet, qui reconnaît que toute la communication est basée sur les quelques minutes gagnées par les pendulaires. « À 312 km/h, en revanche, on relie Machilly à Thonon en 3 minutes et 10 secondes. C’est moins que le temps nécessaire pour trouver une place de parking sous la place des Arts. Là, l’automobiliste sent vraiment la différence. »

Eiffage conteste d’ailleurs la marge technique appliquée par la gendarmerie, qui a ramené la vitesse retenue à 300 km/h. « On nous confisque 12 km/h de rentabilité. C’est une atteinte directe au modèle économique de la concession », déplore le porte-parole.

La fourrière requalifiée en aire de repos

Le groupe se félicite également que les gendarmes aient dû parcourir plus de 10 kilomètres pour rattraper le véhicule. « C’est la preuve que même les forces de l’ordre peinent à suivre le rythme du progrès », souligne Guy Chet. Le capitaine Freddy Nage, de l’équipe rapide d’intervention, confirme avoir « vu passer quelque chose », sans pouvoir affirmer s’il s’agissait d’une Porsche ou d’un projet d’infrastructure.

Le permis d’Otto Route a été retenu et sa voiture placée en fourrière. Eiffage a immédiatement demandé que la fourrière de Bonneville soit homologuée comme première aire de repos de l’A412. Quant à la consignation de 1 500 euros exigée par les gendarmes, le groupe la qualifie de « tarif préférentiel », très inférieur à l’abonnement annuel qu’il envisage pour les frontaliers.

Du côté de la ZAD installée sur le tracé depuis 1 an, Alphonse Danlmur, porte-parole des opposants, rappelle que le Léman Express relie déjà Thonon à Annemasse. Une remarque balayée par Eiffage : « Nous avons aussi testé le train. Nous n’avons jamais réussi à atteindre 312 km/h, ni d’ailleurs à arriver à l’heure. »

Le concessionnaire annonce déjà la prochaine étape : les diagnostics archéologiques prévus sur le tracé seront réalisés à 312 km/h. Premiers résultats : aucun vestige détecté.

Serge Groleowl, avec Victor Segma, d’après une idée de Vincent Trime


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