Perrignier : les enfants de Claude Manillier se demandent qui est le vieux monsieur qui est venu habiter à la maison

Au lendemain des élections municipales, la famille de l'ancien maire de Perrignier vit une situation inédite. Après 31 ans de mandats consécutifs, Claude Manillier a posé ses affaires dans le salon familial, provoquant une vague d'incompréhension chez ses propres enfants.

C’est un lundi matin ordinaire qui a viré à l’incident diplomatique dans une maison de Perrignier. Vers 8h30, les enfants Manillier découvrent un homme en pyjama en train de faire du café dans leur cuisine. Alertée par les cris, leur mère tente de calmer la situation : « C’est votre père. » Un long silence s’en suit, ponctué par le seul bruit de la cafetière.

Ce pauvre homme était en effet l’ancien édile de Perrignier, battu dimanche par son ancien adjoint aux travaux Noël Brutus Mathian par 528 voix contre 381.

« On l’a vu à la télé une fois, je crois », confie l’aîné de l’ancien maire, qui préfère garder l’anonymat. « Ou alors c’est un élu qu’on a vu sur une affiche. En tout cas, je ne l’avais jamais vu en vrai avant lundi. »

Un inconnu dans le couloir

Selon nos informations, la situation n’est pas sans précédent dans les familles d’élus haut-savoyards, mais elle atteint ici une ampleur inédite. Trente et un ans de « soirées occupées par des réunions », comme l’a lui-même détaillé Claude Manillier dans son message d’adieu posté sur les réseaux sociaux, ont visiblement creusé un fossé générationnel que ni le café du matin ni le fromage à raclette ne semblent pouvoir combler.

Le message que Claude Manillier a publié sur les réseaux sociaux

La cadette s’est montrée plus pragmatique. Interrogée sur la présence de cet homme à la table du petit-déjeuner, elle a répondu qu’elle pensait d’abord qu’il s’agissait d’un plombier. « Il avait l’air de quelqu’un qui connaît bien les réunions de copropriété. » Elle précise n’avoir « rien contre lui », mais souligne que la télécommande a disparu depuis son arrivée, laissant la tv en boucle sur CNews.

Les Services de Protection de l’Enfance, contactés par nos soins, indiquent n’avoir reçu aucune plainte. « Techniquement, un père qui rentre chez lui après trente ans de vie publique, ça ne relève pas de notre compétence », précise un agent.

Le syndrome du retour

La psychologue de Thonon-les-Bains Carla Parolédor, spécialiste des traumatismes post-électoraux, confirme que le phénomène est documenté. « On appelle ça le syndrome du retour. L’élu se réintègre dans un foyer où il est devenu, au fil du temps, une figure mythologique. On l’évoque à table. On dit « quand papa sera là ». Mais papa n’est jamais là. Et puis un jour, papa est là. Et c’est le drame. »

Claude Manillier, joint par téléphone alors qu’il cherchait ses chaussons, a confirmé ressentir « une œuvre inachevée », lui qui découvre qu’on peut être battu à une élection (il était seul en lice en 2020). Ses enfants, eux, auraient plutôt le sentiment d’une œuvre qui débute.

Selon des sources proches de la famille, le nouvel habitant aurait déjà tenté d’organiser une réunion de consensus pour décider des menus de la semaine. La motion a été rejetée à l’unanimité, avec une abstention : le chat, qui assistait pour la première fois à un conseil de famille.

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